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L'Année poétique 2008



de  Patrice Delbourg, Jean-Luc Maxence, Florence Trocmé


Collection « Collection « Anthologie Seghers » »
Editions Seghers



PATRICK LAUPIN

LE CIMETIÈRE DES PROLÉTAIRES

Il suffit de se recueillir dans un cimetière
De ville sidérurgique ou minière
Pour voir que les prolétaires furent bâtards
Et bagnards de la nation
Et qu’ils n’eurent jamais la parole
Ils sont morts malades de la chimie et du nombre
Et de la chaux vive respirée dans leur poitrine
Sur leurs tombes pauvres gît seule une ombre
Ils sont partis si jeunes et si vite

Pauvres morts qui dormez dans l’éternité tranquille
Que vos vieux cœurs franchissent le ciel à la nage
Le bleu famélique de la pierre sur vos tombes
Verse bêtement les équations falotes
Du temps de mal-vie qui reprend
Et de pitié sans mot qui refend

Mort qui sera venue lutter tout entière
Qu’est-ce que tu voulais ?
Il faut longtemps pour adoucir la sauvage existence
Et retrouver alliance profonde de courage et de paix
Mais cette erreur est trop grande, elle nous dévisage
Et personne ne sait prier bien

Ô mes frères mes camarades mes prieurs à table
N’êtes-vous pas perdus dans une neige éternelle
Et puis tant je m’égare et cherche à vous rejoindre
Que m’en vient toute lumière amoindrie d’écrire

N’importe ça ne fait rien je suis avec vous
Je marche un jour de pluie sous les arbres
J’ai pas perdu les gestes essentiels de vivre
Je continue seul mon communisme

L’Homme imprononçable, © La Rumeur libre, 2007




GUY GOFFETTE

LES PAVOTS

Poète avec un cœur qui ne va pas à la ligne
Tu triches à la grimpette et t’accroches les ailes
Aux lacets furieux des collines qui versent
Leurs poèmes de colza frappés à contre-rime
Par d’ivres moissonneurs le ciel à cru sur les machines


Et tu rentres les yeux brûlants d’avoir pour rien
Brûlé comme un touriste la promesse des pas
Poète, la jambe belle ! à présent que le cœur
Tire un trait sur le jour qui décroche ses lampes
Et livre au plâtre nu des cuisines refroidies

L'âcre odeur des pavots jetés sous un livre en passant

Publié chez Old Word Books à Venise, 2007



ALBANE GELLÉ

Pas dans la tête seulement, un cheval. Sous les pieds dans la terre aussi, dans le dos, au creux, et tout au long de l’encolure jusqu’à la nuque, les oreilles, au bout.

Si vite le corps paniqué, quand pas assez cheval finalement, l’homme en face. Sinon de la tendresse, brusque dans l’herbe ; le cou tendu comme une oie blanche.



Hennissant de long en large parce que son autre est parti seul, le cheval n’est pas tranquille. Qu’importe l’herbe verte, piétinant dans la terre le même itinéraire, il finit par toujours revenir à l’endroit de l’éloignement, avec la peur d’avoir perdu ce qui n’est plus visible.



Figé durci sans prévenir dans un chemin désert trop rempli d’invisibles, le cheval y a vu combien de prédateurs, tressaille si le vent.

Je, Cheval,
Jacques Brémond, 2007




MADELEINE GAGNON

Mur de viornes divines
que je ne vois pas
elles sentent la blancheur
du lointain
la chrysocolle
elle
ni étrange ni précieuse
je la contemple dans ma main
l’ignare
tait sa parole bleue
de petite roche
amoureuse
j’éteins la lampe
je te salue
fidèle.

À l’ombre des mots, L’Hexagone, 2007



Patrice Delbourg, Jean-Luc Maxence et Florence Trocmé
L’Année poétique 2008






 

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